Les tribulations d'Anaïs

Avec des vrais morceaux de moi dedans

24 août 2014

Etape des extrêmes

Nous nous levons de bon matin bien décidées à goûter les meilleures saltenas de Bolivie, mais caramba encore râté, le resto n'ouvre qu'à 10 heures! Nous rentrons en vitesse à l'hôtel pour prendre le petit-déj, attraper nos sacs et direction l'agence The Big deal tour. Nous sommes légèrement en retard et tous les autres touristes sont déjà là dont un couple de français qui était dans notre bus de Sucre à Potosi. Bon après avoir discuté avec eux, il s'agit en fait d'une française et un belge et ils ne sont pas en couple, mais font juste un bout de voyage ensemble. Nous embarquons tous dans un van, premier arrêt: le marché des mineurs. Nous y achetons quelques cadeaux que nous distribuerons dans la mine: feuilles de coca, bouteilles de soda, dynamites, cahiers d'écoliers..

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L'occasion aussi de goûter l'alcool à 96 degrés que les mineurs boivent. Je passe mon tour. Seul le belge se décide à acheter de la dynamite et la trimballer dans son sac. Puis nous nous rendons dans un hangar pour s'équiper: bottes, pantalons et veste, casques et lampes.

015c721e064d58c2ef49b1ab116bc46a4c7f84b970Nouveau look pour une nouvelle vie?

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Nous nous rendons ensuite à l'usine où est traité le minerai (argent, étain et zinc). Nous remontons dans le van, j'en profite pour goûter la feuille de coca et après un arrêt pour prendre quelques photos de la ville, nous arrivons enfin à la mine. Il s'agit d'une mine en activité, nous croisons donc quelques mineurs et un chariot plein.

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Nous rentrons à notre tour dans la mine et devons très vite apprendre à marcher courbés. Nous sommes très impressionnées par cette visite dès les premières minutes dans la mine, les conditions de travail n'ont pas changées depuis le 16ème siècle. Nous croisons des mineurs qui travaillent depuis 25 ans, et même 40 ans certains ayant commencé à 14 ans. Il est interdit de travailler dans la mine pour les enfants cependant cela se fait toujours, personne ne surveillant vraiment. Un des mineurs que nous rencontrons a 17 ans. Nous croisons des mineurs pousssant un lourd chariot dans des couloirs très étroits. Tous mastiquent de la coca, ils ne mangent pas dans la mine donc cela leur permet de tenir le coup (ainsi que le fameux alcool à 96 degrés). Certains portent des sacs de 40 kilos sur leur dos. Nous devons à un moment emprunter 3 échelles en bois, avec l'altitude et l'atmopshère étouffante de la mine l'exercice se révèle assez épuisant et difficile, lesn mineurs doivent les grimper avec leurs sacs de 40 kilos sur le dos...

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Nous nous rendons à l'autel d'El Diablo, une statue créée à l'origine par les espagnols pour faire peur aux indigènes et s'assurer que ceux-ci travaillent. L'occasion de faire une offrande et une prière (les mineurs le font en général 2 fois par mois: en début de mois pour demander protection et une bonne collecte de minerai et en fin de mois pour remercier El Diablo). Et nouvelle tournée d'alcool, cette fois-ci j'y goûte, ça arrache!

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Puis nous nous arrêtons un peu plus longuement avec une famille de 4 frères, l'occasion de donner quelques coups de burin et de marteau et discuter avec eux. Tous les mineurs a qui nous parlons sont plutôt contents de nous parler de leur travail et incroyablement passionnés par la mine. Lorsqu'on leur demande s'ils veulent que leurs enfants travaillent aussi à la mine, la réponse est unanime: oui!

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Notre guide est lui aussi passionnant, nous faisons une petite pause dans un couloir de la mine et il nous parle des maladies et nombreux dangers dans la mine. Certains mineurs meurent à cause des explosifs, d'autres de chariots qui se renversent et leur arrachent un pied ou les écrasent...Quant aux maladies seuls ceux qui mangent sainement ("qui ont une femme qui vient de la campagne et cuisine des légumes") ont une chance de ne pas mourir à 30 ou 40 ans. Ceux qui boivent beaucoup de soda et mangent au fast-food meurent jeunes.  Moment émouvant que d'être dans la mine et de prendre conscience de la vie de ces hommes. 

Notre guide nous parle également du mode de fonctionnement des mines. Elles ne sont plus gérées par le gouvernement mais par des coopératives. Lorsqu'elles étaient gérées par le gouvernement, les conditions de travail se sont grandement améliorées: salaire fixe mensuel, rails et trains pour ne pas avoir à pousser les chariots..Mais comme les mineurs étaient payés au mois, ils ne travaillaient pas et rentraient juste dans la mine pour jouer aux cartes et mâcher de la coca. Résultat les mines ont été re-privatisés, les rails sont toujours là mais ne sont plus utilisés.

Pour devenir membre de la coopérative (socio) il faut 3 ans. La première année un mineur travaille 10 heures par jour 6 jours sur 7: 4 heures le matin, 4 heures l'après-midi et 1 heure pour mastiquer la coca avant de descendre. La deuxième année il reçoit un secteur, des outils (chariot, explosifs) et est plus libre de ses horaires. Il doit remettre 50% de ce qu'il extrait à son chef. La troisième année il doit s'acheter lui-même les outils mais ne donne plus que 20% au chef. Il peut ensuite devenir membre de la coopérative si les autres sont d'accord. Il bénéficie alors des avantages de la coopérative. Notre guide a tenté de devenir membre mais n'a pas réussi, son chef lui avait donné un mauvais secteur et il n'arrivait pas à extraire assez de minerai. Il travaille aujourd'hui sous contrat temporaire avec des chefs qu'il connait lorsqu'il ne fait pas visiter la mine aux touristes.

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En tout cas cette visite aura été incroyable et effarante quand on découvre les conditions de travail des mineurs. Après la visite,  retour aux bureaux de The Big deal tour, on s'y sent comme à la maison, Jesus est aux petits soins pour nous. Il nous arrange des billets de bus pour le soir afin d'aller à Tupiza et peut également nous organiser une visite aux sources d'eau chaude qui se trouvent à 30 minutes de Potosi. Nous laissons donc nos sacs et partons manger le temps qu'il nous organise cela, et bingo nous pouvons enfin goûter les meilleurs saltenas de Bolivie. La troisième visite aura été la bonne. C'est effectivement délicieux. Nous nous installons pour déguster un repas et payons 35 bolivianos (3.5 euros) pour 2, bouteille d'eau comprise. On nous sert alors une entrée (pain bolivien et salade de pommes de terre), puis une soupe avec des pâtes et ensuite une assiette de riz avec pommes de terre accompagnée d'une sauce légèrement épicée. Nous terminons par un bon petit dessert. C'est très bon et assurément le meilleur rapport qualité/prix!

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Retour chez Jesus et 3 autres touristes (2 australiens et un anglais) qui étaient avec nous dans les mines sont également de la partie pour les sources d'eau chaude. Après 30 minutes de voiture nous voilà à l'oeil de l'inca. Il fait froid, nous nous mettons vite en maillot de bain et plongeons avec délice dans l'eau chaude. Sensation incroyable de se baigner dans un décor superbe et une eau à37 degrés alors qu'il fait froid (nous estimons qu'il faisait 13/14 degrés grand maximum). D'autres touristes arrivent (jusque là nous étions seuls), et ils sont tous français (nous en croiserons pas mal tout au long de notre séjour).

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013b4f1f08dbb993109e328ecb50b9840d42347ff9On prend de la hauteur pour admirer le paysage autour del Ojo del Inca

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Quel contraste en tout cas avec l'ambiance des mines de ce matin, d'un extrême à l'autre. Nous rentrons ensuite à Potosi, à la maison (c'est-à-dire chez Jesus à l'agence The big deal tour).

01de710a58a48e39c121e1c9fb2533100f779cef39On s'amuse bien chez Jesus

Il reste un peu de temps avant le bus de nuit et comme l'agence reste ouverte assez tard, il garde nos sacs pendant que nous en profitons pour aller boire un chocolat chaud dans un café du coin où j'écris ces quelques lignes sur mon carnet. En tout cas la Bolivie ne cesse de nous surprendre et nous enchanter. Pays de contraste où l'on passe en quelques heures de bus (ou 30 minutes d'avion) d'une ville à 2000 mètres d'altitude où l'on se balade en t-shirt tartinées de crème solaire à la rudesse dune ville à 4000 mètres d'altitude où gants, bonnets et écharpes ne sont pas de trop. Pays où les habitants paraissent timides au premier abord mais se révèlent incroyablement gentils et prêts à tout pour aider. Nous allons c'est sûr vanter les mérites de ce pays à qui veut bien l'entendre. 

Posté par yucata à 01:25 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Géniale cette étape!
    (j'adore ton look pour la visite de la mine)

    Posté par 100drine, 29 août 2014 à 19:54

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