Les tribulations d'Anaïs

Avec des vrais morceaux de moi dedans

20 octobre 2014

L'ascension, étape 2

Réveil au petit matin pour prendre le petit-déjeuner puis nous faisons nos sacs et commence une longue attente ponctuée par le retour de quelques marcheurs qui en ont fini. Certains sont arrivés en haut mais pas tous. Ils témoignent tous de la difficulté de l'exercise et nous commençons à nous demander ce que nous venons faire dans cette galère. J'ai hâte de partir mais il faut d'abord manger.

Puis une petite photo et nous voilà partis.

groupe ascension

c'et parti

groupe ascension2

Dès les premiers pas je me sens rassurée, mon sac est lourd mais cela ne me parait pas inhumain de le porter pendant 3h voire 3h30 (je n'ai pas fait appel à porteur). Le début de la marche se fait sur un tuyau sur lequel nous marchons comme sur une poutre. C'est plutôt bien car il faut se concentrer pour ne pas tomber et cela permet d'oublier qu'on est rapidement essouflé. Puis nous faisons la première pause, le moment de boire un peu et de manger quelques carrés de chocolat, cela fait du bien. Puis nous repartons, ça grimpe sévère et je suis rapidement essouflée. Je prends quelques pauses en plus des pauses officielles décidées par les guides, je ne suis pas la seule et le groupe s'étire rapidement. Les sudafs prennent la tête. Je souffre pas mal de la fatigue et profite de chaque pause (eau + chocolat). Nous passons quelques refuges mais le nôtre est le plus haut. Ce sera appréciable demain quand nous attaquerons l'ascension du sommet mais en attendant ça nous attaque le moral. Puis c'est enfin l'arrivée au refuge. C'est plus que rudimentaire, une tente pour les guides et une pour nous avec 7 par lits. 7 en haut et 7 en bas. Marianne et mois prenons place entre les sudafs et des italiens. Les guides se mettent immédiatement au travail pour prépare le souper. Ils nous servent au lit, en même temps pas de place ailleurs. Soupe, pâtes et knackies.

refugeAdam, Anton, Jeremy et Alex

IMG_4269La vue depuis le refuge

IMG_4271Ma tronche de cake et celle de l'italien qui va me tripoter le bras pendant la nuit

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Il est environ 17h, l'heure de dormir pour être en forme à 1heure du mat, l'heure à laquelle nous commencerons l'ascension finale. Il fait très chaud, j'ai un peu mal au crane et l'italien à côté de moi bouge et finit par m'agripper le bras dans son sommeil. Je le repousse plusieurs fois avant d'arriver à m'en débarrasser pour de bon. Résultat je ne dors pas. A 1h c'est l'heure du réveil, pas facile de s'équiper et petit-déjeuner dans un espace si restreint. Je me force à boire mon thé et manger du pain même si mon estomac est noué. Marianne et moi sommes prêtes et Mario un des guides s'encorde avec nous. Il est en tête et je ferme la marche avec Marianne entre nous. Et c'est déja parti, alors que le reste du groupe est toujours en train de se préparer nous faisons nos premiers pas en crampons dans la neige et la nuit noire.

J'adore cette sensation, le silence, la neige, la nuit et cette impression d'être une aventurière. Je ne suis pas essouflée cette fois-ci et pour l'instant je préfère cette journée à celle d'hier. Je pense à Tintin au Tibet. J'admire les lumières de la Paz que nous apercevons au fur et à mesure que nous montons. Puis cela commence à être dur, ça monte sévère et j'attends déjà avec impatience la première pause, Mario nous a dit qu'elles seraient régulières.

Allez Mario, sois sympa!

Ce petit replat est sympa, on va sûrement s'y arrêter? Et ben non

Et là, toujours pas?

Je pense à Tintin, je regarde les lumières de la Paz.

C'est quand la pause?

Enfin, une pause! Eau et chocolat. Les autres nous rattrapent mais lorsqu'ils arrivent nous devons repartir. A peine repartie, je pense déjà à la prochaine pause.
Tintin, l'aventure, la Paz.

C'est quand la pause? Caramba encore raté

Il est en forme ce Mario, les minutes (heures?) s'écoulent. On grimpe. Puis une pause, eau + fruits secs. Ca fait du bien fou. Et ça repart. Puis Marianne commence à montrer des signes de fatigue, elle décide peu après de s'arrêter là et Mario m'emmène vers une cordée, il va redescendre avec Marianne. Je vais faire équipe avec Juan le guide et Adam le touriste anglais. Juan a l'air un peu moins sympa que Mario mais surtout m'annonce que nous avons fait la moitié du chemin. Quoi?! La moitié?? Je croyais que c'était les 3/4 et qu'il restait environ une heure mais non encore 3h à 3h30 d'effort. Je panique un peu mais c'est déjà l'heure de se mettre en route donc pas le temps de psychoter. Au bout de quelques pas, j'arrive à me calmer et me raisonner: je sais marcher et je ne suis pas encore au bout de mes forces, bien fatiguée certes mais pas de quoi paniquer.
Et c'est reparti, je fais des mini-pauses de temps en temps qui obligent toute la cordée à s'arrêter. Désolée les mecs mais c'est la seule façon pour moi d'y arriver. Juan tire un peu sur la corde dans ces cas-là et Adam me pousse gentiment dans le dos pour m'aider parfois. Puis un autre abandon, Jeremy le français du groupe. Manfrield rejoint alors notre goupe (légère entorse au règlement car normalement c'est maximum 2 par guides et nous voilà 3). Ca va un peu mieux pour moi, mais je stresse un peu car impossible d'abandonner ou toute la cordée doit redescendre. Nous nous rapprochons du sommet, on le devine. Juan nous montre les autres groupes qui sont déjà à l'assaut de la crète. Et d'un seul coup nous nous retrouvons face à un mur de glace qu'il faut escalader au piolet.Nous avons mis plus de temps que prévu et ne pouvons pas emprunter le même chemin que les autres groupes car la neige fond et des crevasses se forment, ce sera donc le mur de glace pour nous. Pas le temps d'avoir peur, il faut se concentrer. Je ne pense plus à la fatigue mais à mes appuis. Il fait de plus en plus froid et un vent glacial nous balaye de la neige au visage. Enfin on arrive en haut du mur de glace et prenons pieds sur la crète. Les israéliens Anton et Alex et leur guide sont là, ils redescendent déjà et nous encouragent. Nous croisons ensuite les sudafs eux aussi ont déjà atteint le sommet et entament la descente. Au terme d'un ultime effort, nous voilà au sommet et on s'écroule tous les 3 sur le dos pendant que Juan plante son piolet pour nous accrocher. Puis on peut enfin se relever et admirer la vue, on est à 6088m! Je l'ai fait!

Quelques cris de joie, Juan nous serre la main et nous félicite. Je prends quelques photos, pas autant que je voudrais, j'ai les mains gelées et je suis crevée mais j'admire la splendeur de l'endroit, de ce moment, du lever du soleil et de cette vue panoramique. Il est 6h30, c'est magnifique, je suis trop fatiguée pour pleurer.

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IMG_4285Selfie à 6088m, c'est plus classe que selfie tout court non? Oui j'ai l'air fatigué!

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Puis c'est l'heure de descendre pour laisser la place aux autres groupes. Il faut d'abord repasser la crète. Je n'avais pas réalisé à l'aller mais c'est méga impressionnant. Elle est très étroite et chaque côté c'est le vide. Nous croisons des groupes et devons donc s'arranger pour les laisser passer alors qu'il y a à peine la place pour une personne, je plante solidement mon piolet. Adam en tête de cordée (le guide est en fin de cordée juste derrière moi, Manfrield est donc juste devant moi) est un peu tétanisé et n'arrive pas à se relever et avancer correctement. Juan est un peu agacé mais tente de ne pas le montrer et finit pas réussir à faire descendre Adam, Manfrield et moi à sa suite. Une fois la crète et le mur de glace passés, commence une longue descente, très longue. Je n'en peux plus, il n'y a plus l'adrénaline et je veux juste me reposer mais nous devons redescendre ce que nous avons monté en 2 jours. A chaque virage j'espère voir le refuge mais non toujours pas. Je donnerais tout à ce moment-là pour que ce soit finit mais pas d'autre choix que de continuer à marcher. Enfin nous arrivons au refuge, Adam et moi nous écroulons sur le lit du bas et Alex très gentiment nous apporte à boire. Il est est arrivé il y a une heure environ avec Anton et les sudafs. Mais déjà les guides nous demandant de préparer nos sacs et nous intiment de ne pas nous endormir. Dormir à cette altitude en redescendant du sommet nous garantit un mal de tête. On enlève donc le matos (crampons, casque) et chargeons tout dans nos sacs.

Et c'est reparti pour le reste de la descente, c'est horrible le sac est lourd et c'est un chemin de pierre et neige qui descend pas mal loin d'être une marche tranquille. J'en ai plus que marre heureusement les guides sont prévenants et nous indiquent où poser les pieds pour ne pas glisser et tomber (mais aucun ne propose de me porter mon sac malheureusement, je ne dois pas avoir l'air si fatiguée que ça alors). Vivement que cette descente interminable se termine justement. Je n'ai plus la force d'avaler chocolat ou fruits secs et me contente de me forcer à boire de l'eau. Le chemin devient moins raide, moins neigeux et caillouteux et je retrouve un peu le sourire en discutant avec Adam. Lorsque du trajet en mini-bus avec l'agence il m'agaçait un peu à parler fort et raconter des histoires de beuverie mais il est en fait très sympa et a des choses finalement intéressante à dire sur ces voyages. Puis c'est enfin l'arrivée, j'aperçois le camp de base, Marianne vient à mes devants, me félicite et porte même mon sac sur les derniers mètres. Enfin je peux m'écrouler sur la dalle à l'entrée du camp et reprendre mon souffle. Après quelques minutes, je peux me relever et pendant que Marianne refait nos sacs, je pars manger. Je n'ai pas faim mais parvient à avaler quelques tartines beurrées. Nous racontons nos différentes histoires du sommet et de la montée, les israéliens sont un peu déçus de ne pas avoir vu le level du soleil sur le sommet comme nous. Nous stressons un peu les suivants avec nos témoignages sur la difficulté de l'ascension, chacun son tour les mecs vous ferez pareil aux autres.

Je finis de manger, Marianne est géniale elle a bouclé nos sacs. Nous montons dans le mini-bus pour regagner la Paz. Certains somnolent, j'admire le paysage et sourit béatement en pensant à notre exploit.

Une fois descendus de voiture, accolades et aux revoirs. Marianne et moi hélons un taxi pour aller à la gare routière d'où nous voulons prendre un bus pour Copacabana, au bord du lac Titicaca (et non pas la plage brésilienne). Efficacité record, arrivées à la gare j'aborde un vendeur de billets de bus. Son bus part maintenant pour Copacabana, c'est 20 bolivianos pour nous deux (2 euros) et hop nous voilà dans le bus. Nous ne sommes pas à côté mais pas très grave car je m'endors aussitôt pour 2 heures. Lorsque je me réveille nous apercevons le majestueux lac Titicaca puis le bus embarque sur une barge en bois. Certains boliviens sont descendus pour prendre un bateau plus rapide et avoir le temps de faire quelques emplettes et attendre le bateau sur la terre ferme plutôt que de subir une lente traversée. C'est vrai que c'est long mais j'apprécie ce rythme lent et le calme environnant. Comme nous avons eu raison de ne pas rester à la Paz et d'enchainer directement sur Copacabana (cela veut dire que nous n'aurons pas le temps de visiter La Paz mais ce sera pour notre prochaine visite en Bolivie).

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Lorsque nous arrivons nous décidons de nous rendre directement à las Olas, un hôtel dont le descriptif dans le guide fait rêver. Nous savons que nous nous sommes trompées dans nos dates et que notre réservation ne commence que demain mais nous décidons de tenter notre chance. Nous galérons pour le trouver à cause des travaux et en plus ça monte! Comme s'y on en avait pas eu assez.

Lorsque nous y arrivons nous faisons la connaissance du propriétaire qui nous informe que c'est complet mais il peut nous trouver une chambre dans l'hôtel d'à côté qui lui appartient aussi. Bonheur total, la chambre nous parait luxueuse après nos 3 jours d'escalade en refuge, dans le froid et sans douche. On va se plaire ici!

Quel plaisir de prendre enfin une douche, puis nous allons au resto de l'hôtel qui est délicieux (truite et salade de quinoa). Et enfin c'est l'heure de se mettre au lit, pas besoin de sous-pantalons ou de duvets. On se glisse simplement dans les draps pour une nuit de sommeil bien méritée.

tintin au tibetTintin je sais pas pourquoi mais j'ai beaucoup pensé à toi pendant cette ascension. Le piolet sans doute. Merci en tout cas.

Posté par yucata à 02:06 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    ah oui quand même! félicitations

    Posté par 100drine, 20 octobre 2014 à 19:03
  • Bravoooo ! Ca avait l'air dur !! Si Hergé avait su qu'il motiverait les randonneurs à ce point...

    Posté par Fany, 01 novembre 2014 à 16:06

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